L'océan

Devenus adolescents, nous avons boudé les plages familiales d’Arcachon et sommes allés fréquemment nous mesurer avec délices, avec les grandes plages de l’océan : celles du Petit Nice, et de la Salie.

Nous allions chercher l’océan loin, très loin, derrière les dunes blondes perdues dans les pins. Nous montions les caillebotis en bois en tirant péniblement nos vélos et de là-haut, nous l’entendions mugir, nous appeler, et scintiller sous le soleil.

La chaleur semblait danser en petits nuages devant nos yeux. Le parfum balsamique des pins, mêlé à celui des immortelles, nous avait accompagnés tout au long de cette ascension, et laissait place, brusquement, à une odeur saline et tenace : il était là, le grand océan, et nous respirions les effluves de ce gouffre béant, de cette alchimie inouïe de sel, d’algues, de coquillages et de mille vies cachées.

Là, nous accrochions nos vélos et nous dévalions la pente sableuse en criant, en riant, à toute vitesse…ou parfois nous préférions la descendre en roulant sur nous-mêmes dans une joyeuse pitrerie.

Arrivés en bas de la pente, nous devions affronter l’épreuve du sable brûlant : impossible de poser nos pieds nus sur cette surface ! Nous devions alors remettre nos chaussures, ou nous préparer un chemin supportable en lançant notre serviette devant nous par étapes ! Une fois installés, nous nous accordions un moment de répit, nous imprégnant de l’ambiance du lieu : le moelleux du sable, la morsure du soleil, le roulement incessant des vagues, le bouillonnement de l’écume, l’impression d’un tumulte énorme, et en même temps d’un calme incroyable.

Puis venait le moment tant attendu, de la baignade : nos pieds étaient habitués à la chaleur, et nous nous dirigions vers la mer en marchant sur ce sable, à la fois doux et craquant de sa croûte de sel, et par endroits, la finesse des grains était telle, que nous avions la sensation de marcher sur de la feutrine, nos pas s’accompagnant d’un bruit sourd surprenant.

Nous préférions nous jeter à l’eau d’un coup, pour profiter de sa bienheureuse fraicheur. Il était alors difficile de se tenir debout, tant le sol sableux se dérobait sous nos pieds, et tant la puissance du courant nous saisissait… mieux valait capituler et plonger dans les rouleaux, sous les vagues, se mêler à la mer !